Mauvaise rentrée pour Michèle Alliot-Marie. La ministre de l'intérieur, qui n'a jamais bien été en cour auprès de Nicolas Sarkozy, doit aujourd'hui essuyer une pluie de critiques. Elle est accusée d'avoir mal vendu sa ligne sur Edvige, et d'avoir sous-estimé la mobilisation des opposants au fichier. "Une affaire mal conduite par le gouvernement", a jugé sur RTL, mercredi 10 septembre, le président de l'Assemblée, Bernard Accoyer. "Soit elle est pour, et elle monte au créneau à mort. Soit elle est contre et elle le dit. Mais là, on a l'impression qu'elle est sous le tapis", dit un ministre.
Mme Alliot-Marie a ignoré les premiers signaux d'alerte : le "buzz" naissant autour de la volonté de ne pas publier, dans un premier temps, les décrets relatifs à Edvige ; la rédaction des textes, complexe et "mal fichue" de l'avis de beaucoup ; enfin, son mépris affiché pour Hervé Morin, qui veut faire de la défense des libertés un des socles idéologiques de son parti, le Nouveau Centre.
La concertation lancée par la ministre avec précipitation mardi "a été validée" par l'Elysée, s'empresse-t-on de préciser dans son entourage. Mme Alliot-Marie a décidé de sélectionner ses interlocuteurs - "qui se sont exprimés de bonne foi" -, en évitant les représentants les plus actifs du collectif "Non à Edvige"...
L'affaire s'ajoute à l'invasion éphémère par des nationalistes corses de la villa de Christian Clavier, autre dossier dans lequel M. Sarkozy est directement intervenu, et qui a abouti au déplacement du responsable de la sécurité en Corse. La ministre a dû endosser l'incident.
Enfin, son attitude au Campus de l'UMP à Royan a suscité les commentaires narquois des collaborateurs de l'Elysée. Répondant à la question d'un journaliste sur le fonctionnement du parti, la ministre a répondu : "Il y a un patron, c'est Nicolas Sarkozy, mais les militants ne le voient pas."
Pour l'Elysée, elle appartient à l'ancienne génération "qui a su enthousiasmer les militants RPR", tandis que M. Sarkozy souhaite montrer le visage d'un parti prétendument plus ouvert. Et de citer Rama Yade ou Nathalie Kosciusko-Morizet.
Habituée à pratiquer l'esquive avec un art consommé, l'ancienne patronne du RPR sait encaisser. Sous la pression constante des rumeurs récurrentes sur la fin de son bail à l'intérieur, elle a relancé son club Le Chêne en y conviant de nombreux élus de la majorité. Une méthode traditionnelle, mais qui a fait ses preuves.
Arnaud Leparmentier et Isabelle Mandraud
Source le MONDE